Bosnie : trois vétérans se souviennent

UNPROFOR convoy
Des Casques bleus canadiens ont pris part à un déploiement en Croatie et en Bosnie Herzégovine au sein de la Force de protection des Nations Unies (FORPRONU), de 1992 à 1995. En novembre 2015, le Parlement européen a annoncé que le bilan définitif de la guerre de Bosnie s’élevait à 99 100 morts. Dans ce photo, le convoi de FORPRONU se déplace de Split vers Visoko, en Bosnie. Photo : Caporal Marc Bergeron

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Par Édouard Dufour, Journal Adsum

Suite au morcellement de la Yougoslavie, il y a 25 ans, le Canada a déployé sous la bannière de l’Organisation des Nations unies (ONU) des milliers de militaires en Bosnie. Cette région du globe était alors déchirée par les combats faisant rage entre des groupes de belligérants, et la population civile était victime de violentes exactions. Trois vétérans ayant tous servi leur pays dans le cadre de ce conflit marquant racontent leur expérience.

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  • Refugees

  • Les réfugiés sont escortés par deux soldats canadiens lors qu'ils traversent leur village détruit dans la zone contrôlée par les Croates. Les réfugiés visitaient leur maison détruite sous la protection de FORPRONU. Photo : Caporal Yves BournivalLes réfugiés sont escortés par deux soldats canadiens lors qu'ils traversent leur village détruit dans la zone contrôlée par les Croates. Les réfugiés visitaient leur maison détruite sous la protection de FORPRONU. Photo : Caporal Yves Bournival
  • Master Corporal Bert Howard

  • Le caporal-chef Bert Howard parle avec une femme locale lors qu'elle traverse un point d'inspection de l'ONU contrôlé par les Casques bleus canadiens. Photo : Caporal Yves BournivalLe caporal-chef Bert Howard parle avec une femme locale lors qu'elle traverse un point d'inspection de l'ONU contrôlé par les Casques bleus canadiens. Photo : Caporal Yves Bournival
  • UNPROFOR convoy

  • Des Casques bleus canadiens ont pris part à un déploiement en Croatie et en Bosnie Herzégovine au sein de la Force de protection des Nations Unies (FORPRONU), de 1992 à 1995. En novembre 2015, le Parlement européen a annoncé que le bilan définitif de la guerre de Bosnie s’élevait à 99 100 morts. Dans ce photo, le convoi de FORPRONU se déplace de Split vers Visoko, en Bosnie. Photo : Caporal Marc BergeronDes Casques bleus canadiens ont pris part à un déploiement en Croatie et en Bosnie Herzégovine au sein de la Force de protection des Nations Unies (FORPRONU), de 1992 à 1995. En novembre 2015, le Parlement européen a annoncé que le bilan définitif de la guerre de Bosnie s’élevait à 99 100 morts. Dans ce photo, le convoi de FORPRONU se déplace de Split vers Visoko, en Bosnie. Photo : Caporal Marc Bergeron
  • UNPROFOR Convoy

  • Convoi de FORPRONU de Split à Visoko, en Bosnie. Photo : Les archives des MDN / FACConvoi de FORPRONU de Split à Visoko, en Bosnie. Photo : Les archives des MDN / FAC
  • UNPROFOR Convoy

  • Convoi de FORPRONU de Split à Visoko, en Bosnie. Photo : Les archives des MDN / FACConvoi de FORPRONU de Split à Visoko, en Bosnie. Photo : Les archives des MDN / FAC
  • Canadian peacekeepers

  • Des Casques bleus canadiens, le caporal-chef Herold Miller, à gauche, et le caporal Fred Spence avant leur camion de cinq tonnes. Photo: DND/CAF ArchivesDes Casques bleus canadiens, le caporal-chef Herold Miller, à gauche, et le caporal Fred Spence avant leur camion de cinq tonnes. Photo: DND/CAF Archives
  • Private Troy MacInnis with a young boy at a UN check point in Croatia

  • Lipik, Croatie. Le soldat Troy MacInnis reçoit des leçons de croate d'un jeune garçon à un point de contrôle de l'ONU lors de la mission de maintien de la paix. Photo : Caporal Yves BournivalLipik, Croatie. Le soldat Troy MacInnis reçoit des leçons de croate d'un jeune garçon à un point de contrôle de l'ONU lors de la mission de maintien de la paix. Photo : Caporal Yves Bournival

Le sergent à la retraite Pierre Lalonde, vétéran du Royal 22e Régiment (R22eR), a d’abord servi en 1992 avec les premiers Canadiens envoyés en Bosnie. Il y est retourné en 2002 pour un deuxième déploiement. Commandant de section lors de sa première mission en Bosnie, il a contribué à la défense de l’aéroport de Sarajevo, un enjeu stratégique d’importance cruciale pour les forces de l’ONU.

Au cours de ce premier déploiement, le Sgt Lalonde a effectué plusieurs patrouilles dans les villages de Bosnie. « Ça brassait encore quand on est arrivé, » explique-t-il au sujet des combats entre les différentes factions s’opposant.

« On me donnait parfois l’ordre d’aller à certains endroits. Si ces directives n’avaient pas changé à la dernière minute, je ne serais probablement pas revenu. Le soir, lorsqu’on était dans nos tranchées, on voyait les bombes tomber sur nos camions en arrière, » confie le Sgt (ret) Lalonde.

C’est en mars 1993 que l’adjudant-chef Camil Samson, aujourd’hui retraité, et ses collègues de la compagnie A du 2 R22eR, ont pris la direction de Visoko, en Bosnie. « Notre convoi a traversé des villages en feu. C’était l’anarchie totale, » explique-t-il. Dès son arrivée à Visoko, des ordres de déploiement ont été donnés au major (ret) Pierre Lessard, le commandant de la compagnie dans laquelle évoluait l’Adjuc (ret) Samson.

Le lendemain, à l’aube, la compagnie A s’est dirigée vers Srebrenica, une ville enclavée entre deux chaînes de montagnes comptant alors près de 40 000 civils musulmans. Les postes de défense de l’ONU de Srebrenica étaient installés en montagne, en différents points stratégiques, tandis que la cellule de commandement avait été aménagée dans une usine désaffectée située au cœur de la ville.

Les bombes et les tirs de mortiers tombaient régulièrement à proximité des troupes de l’ONU se trouvant à Srebrenica. « Après un mois et demi, on a demandé au padré de rencontrer les gars. Il a confectionné un hôtel de fortune avec une table et une nappe blanche. Les soldats se sont ensuite assis sur des bancs de messe improvisés. Alors que le padré commençait sa messe, les obus ont commencé à tomber à proximité. Il s’est jeté au sol, tandis que les gars n’ont pas bronché. On lui a expliqué que ces tirs faisaient maintenant partie de notre quotidien, » raconte Camil Samson.

Les vétérans Pierre Lalonde, Camil Samson et André Archambeault font tous partie de l’Association du Royal 22e Régiment. Chaque année, ils s’y retrouvent dans le cadre des activités de tout genre. Ils vont aussi les mercredis matins « prendre un café, jaser et refaire le monde! »

Les trois vétérans confirment que ces rencontres sont aussi une occasion de prendre des nouvelles de la santé des uns et des autres. « Même à la retraite, si quelqu’un a besoin de quelque chose, on va l’aider. On est tissé serré! » conclut avec le sourire Camil Samson.

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