D’un point de vue éthique, que feriez-vous? Commentaire : Diversité et dignité en milieu de travail

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Nous sommes ravis de voir que notre dernier dilemme d’ordre éthique a suscité un nombre inégalé de réactions.

Comme un lecteur le laisse entendre, ce scénario soulève trois principales questions d’ordre éthique :

  1. Est-il éthique de consulter le profil d’une personne sur les médias sociaux sans qu’elle le sache?

Bon nombre de nos lecteurs estiment que Shirley a outrepassé les limites et empiété sur la vie personnelle de Marielle lorsqu’elle a consulté le profil de celle-ci à son insu sur les médias sociaux. En l’absence de réglementation interdisant le « fouinage » et du nombre important de personnes et d’organisations qui s’adonnent à cette pratique dans les faits, il incombe aux utilisateurs d’assurer la protection de leurs données en ligne. La vie privée d’une personne est menacée lorsque cette dernière fait en sorte que son profil et ses messages soient « publics » plutôt que « privés ».

  1. Est-il éthique de présumer des actions et réactions qu’aura une personne en fonction des propos et gestes tenus dans sa vie privée, y compris ses messages sur les médias sociaux?

Plusieurs personnes estiment qu’il est injuste de la part de Shirley de juger Marielle avant de la rencontrer.

« Les convictions personnelles ne devraient pas l’emporter sur l’étiquette au travail, selon un commentateur. Par ailleurs, les points de vue affichés sur les médias sociaux ne sont pas nécessairement garants du comportement qu’aura la personne en milieu de travail. » Dans le cas qui nous préoccupe, nous ne pouvons pas prédire que Marielle fera preuve de discrimination ou de respect envers Shirley.

Cependant, le fait est que les préoccupations de Shirley sont légitimes. Elle est justifiée de soulever la question auprès de son gestionnaire, car celui-ci pourra ainsi surveiller la situation, offrir un soutien aux deux parties et désamorcer tout conflit. Bien que Marielle ait droit à la liberté d’expression et à la liberté de religion, ses déclarations constituent une atteinte à l’esprit de diversité et d’équité.

De tels commentaires sont contraires au respect de la dignité de toute personne, qui est le premier principe du Code de valeurs et d’éthique du MDN et des FAC.

  1. Qui, de l’employé ou de la direction, est responsable de mettre en œuvre les directives générales concernant la diversité et la dignité en milieu de travail et de les faire connaître au personnel?

La plupart conviennent qu’il revient au gestionnaire de favoriser la mise en place d’une culture de diversité et d’acceptation en milieu de travail, que ce soit par la formation ou la transmission de messages sur l’importance de « respecter la dignité de toute personne », qui est le premier principe de l’Énoncé d’éthique de la Défense. Il appartient à chacun d’être inclusif et respectueux.

Comme il n’y a pas eu de conflit direct entre les deux parties, le gestionnaire doit juger la situation en conséquence et déterminer la marche à suivre pour que les préoccupations de Shirley soient prises en considération, tout en évitant de marginaliser Marielle. Dans ce cas, le gestionnaire devrait d’abord reconnaître sincèrement le fait que les préoccupations de Shirley sont valables et non exagérées. Entre autres mesures à prendre, il pourrait promouvoir la prévention et mener des activités de sensibilisation à la diversité auprès du groupe, sans cibler Marielle particulièrement. Pour ce faire, il pourrait s’assurer qu’elle suive les ateliers sur la diversité ou l’équité en matière d’emploi pendant sa période d’orientation, comme l’ont suggéré quelques commentateurs. Enfin, le gestionnaire doit affirmer qu’il réagira promptement à toute discrimination à l’égard de l’une ou l’autre des personnes.

De façon détournée, ce scénario nous amène à réfléchir à la distinction à faire entre vie personnelle et vie professionnelle en nous demandant si les croyances religieuses influencent le comportement public. Un lecteur, membre de la communauté bahá’íe, a voulu souligner le fait que les messages homophobes de Marielle en ligne sont contraires à l’esprit de la foi de cette communauté, « qui essaie d’être aimante et inclusive ».

« En tant que personne qui suit les préceptes du christianisme, […] je m’oppose aussi à l’homosexualité, affirme un autre commentateur. Je n’ai cependant aucun problème à travailler et à transiger avec des personnes homosexuelles. »

Ce scénario ne visait pas à dépeindre négativement un groupe confessionnel en particulier. Néanmoins, il est clair que certaines religions font de l’orientation sexuelle un sujet de controverse.

Plusieurs lecteurs disent soutenir l’idée que « le travail est le travail, et la vie personnelle est la vie personnelle ». Cette façon de voir les choses ne tient souvent pas compte du fait que certaines personnes mélangent régulièrement et inconsciemment ces deux sphères sans y réfléchir. Peut-être que dans un monde idéal (ou non idéal), nous pourrions entièrement séparer les deux, mais nous sommes humains avant tout et nous établissons des liens sociaux en partageant certains aspects de notre vie personnelle.

Il ne faut donc pas chercher à créer un milieu de travail dépourvu de personnalité, mais à trouver un équilibre entre professionnalisme et respect de l’individualité.

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