Shearwater célèbre un siècle d’aviation maritime

Le logo du centenaire de Shearwater. IMAGE : www.shearwater100.com

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Par Ryan Melanson

La station aérienne maintenant connue sous le nom de 12e Escadre Shearwater a porté de plusieurs noms et elle a été exploitée par un grand nombre d’organisations différentes depuis l’envol des premières patrouilles opérationnelles en 1918.

Depuis ses débuts, quand elle accueillait des aviateurs de la United States Navy pendant la Première Guerre mondiale, en tant que station aéronavale des États-Unis à Halifax, jusqu’aux courtes périodes en tant que station de la Force aérienne Dartmouth, puis station de l’ARC Dartmouth, station aéronavale de la Marine royale du Canada Dartmouth, base des Forces canadiennes (BFC) Shearwater, et maintenant en tant que 12e Escadre Shearwater, la longue liste d’organisations dont a relevé la base représente bien la riche histoire de l’aviation militaire au Canada et dans cette région.

Ce sujet faisait partie du récent exposé du colonel (à la retraite) John Orr sur l’histoire de Shearwater, présenté dans le cadre d’une réunion du Royal United Services Institute of Nova Scotia, le 20 juin 2018. M. Orr, ancien commandant du 423e Escadron et de la Composante aérienne maritime, a intitulé son exposé « Sept drapeaux flottant au-dessus de Shearwater : les cent ans d’une base aérienne de la côte est ».

« Depuis sa création, diverses organisations se sont servies de Shearwater, a dit M. Orr, d’où la mention des sept drapeaux flottant au-dessus de Shearwater. Son emplacement à l’entrée d’Halifax, principal port du Canada atlantique, et la grande voie qui relie l’Amérique du Nord à l’Europe fait en sorte que Shearwater a toujours été axée sur les navires et sur les personnes qui partent en mer, et qu’elle continuera de l’être à l’avenir. »

« Compte tenu de ses diverses transformations, Shearwater est une institution militaire unique à bien des égards, et son histoire constitue un exemple parfait des nombreux rebondissements qu’a connus l’évolution de l’aviation militaire canadienne. »

Plutôt que de présenter une chronologie approfondie des opérations ou une description de tous les aéronefs qui ont décollé de la base aérienne, M. Orr a parlé de certains des dirigeants influents qui ont marqué Shearwater au cours de son histoire, sous la bannière de différentes organisations. La liste de ces dirigeants comprend un ancien chef d’état-major de la Défense, l’amiral Robert Falls, le dernier chef d’état-major de la Défense, qui était également un ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que d’anciens commandants de la Force aérienne, les lieutenants-généraux Larry Ashley et Angus Watt. Cependant, M. Orr a choisi de mettre l’accent sur des personnes moins connues.

Il a d’abord parlé du capitaine de corvette Richard Byrd, de la United States Navy, et du lieutenant-colonel John Cull, de l’ARC, qui ont tous les deux joué un rôle important dans la mise sur pied de Shearwater en tant que base aérienne pendant la Première Guerre mondiale.

« Comme le Service aéronaval de la Marine royale du Canada [RCNAS] n’avait ni l’équipement ni le personnel pour exécuter des patrouilles opérationnelles en 1918, la US Navy a accepté de combler cette lacune en Nouvelle-Écosse en fournissant son propre équipement et personnel pendant qu’on formait le RCNAS », a expliqué M. Orr.

Le capitaine de corvette Byrd est arrivé en août 1918, et ses hommes ont effectué les premiers vols de Shearwater seulement quelques semaines plus tard, dans des hydravions à coque Curtiss HS2L, alors que le lieutenant-colonel Cull avait la tâche d’établir un cadre pour le nouveau RCNAS, qui devait effectuer des vols d’Halifax, de Cape Race, de Cape Sable, et de Sydney.

« Le lieutenant-colonel Cull et une petite équipe ont tenté de diriger ce service à partir de rien, tout en surmontant la difficulté presque diplomatique d’intégrer un service militaire étranger à une structure canadienne. Qu’on ait accompli autant de choses en aussi peu de temps est tout à fait remarquable. L’accord immédiat entre Cull et Byrd, qui a marqué le début d’une amitié s’étalant sur plusieurs décennies, a bien entendu facilité le travail. »

Près de 20 ans plus tard, tout juste avant le début de la Seconde Guerre mondiale, Shearwater a amorcé une période marquée d’agrandissements considérables, car le gouvernement avait prévu que l’ARC jouerait un rôle essentiel dans le conflit afin de prévenir un nombre de victimes aussi élevé que celui de la Première Guerre mondiale. Jouant un rôle déterminant durant cette période, le maréchal de l’air (à la retraite) Gus Edwards a commandé la station de l’ARC à Dartmouth de 1934 à 1938. En plus de superviser des agrandissements notables effectués au moyen d’un programme de lutte contre le chômage, notamment la construction de nouveaux hangars et des premières pistes d’atterrissage de la station, Edwards a fait évoluer le 5e Escadron d’hydravions à coque de Shearwater afin que celui-ci devienne une force respectable.

L’escadron et Edwards ont fait l’objet d’éloges en raison du soutien qu’ils ont apporté à une mission de sauvetage après la catastrophe minière de Moose River en 1936, lorsque les aéronefs de l’escadron ont participé au transport d’équipement et de gens à la mine, ainsi que des mineurs secourus à l’hôpital.

« Lorsqu’il a cédé le commandement en 1938, Edwards avait déjà fait en sorte que la station connaisse une transformation remarquable, passant d’une unité opérationnelle en région éloignée à la seule unité de l’ARC prête au combat au Canada avant le début de la Seconde Guerre mondiale », a poursuivi M. Orr.

Ces personnes, ainsi que les autres présentées au cours de l’exposé, ont permis à Shearwater de franchir des étapes déterminantes et de s’agrandir considérablement, mais la base aérienne a également connu des périodes difficiles ou incertaines. L’avenir de Shearwater était imprévisible après l’Armistice de 1918 et la dissolution subséquente du RCNAS, puis entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et la création de la nouvelle flotte aérienne de la Marine royale canadienne, en 1946.

L’un des exemples les plus marquants et contemporains de ces incertitudes a eu lieu en 1933, lorsque la base aérienne était connue sous le nom de BFC Shearwater et qu’elle relevait du colonel John Cody. Un changement de gouvernement avait entraîné l’annulation du contrat d’hélicoptères EH-101, qui devaient remplacer la flotte vieillissante de Sea King. Ont suivi des directives visant à réduire les opérations de Shearwater, qui est devenu une unité hébergée de la BFC Halifax, et à licencier environ 1 200 membres du personnel, ce qui s’inscrivait dans d’autres mesures de rationalisation touchant l’ensemble du Commandement aérien. Le colonel Cody, maintenant à la retraite, a décrit cette période comme l’une des plus difficiles de sa carrière militaire, soit une période marquée par une exacerbation des inquiétudes à l’égard de nouvelles réductions et même d’une dissolution de l’escadre.

Malgré le découragement, Shearwater est devenu la bête de somme du Commandement aérien, pendant que les escadres partout au Canada tentaient tant bien que mal de s’adapter aux changements. M. Orr a mentionné que, à l’époque, le Commandement aérien parvenait à répondre à la plupart de ses quotas et de ses besoins opérationnels grâce à Shearwater. « Après ces revers, les Sea King et Shearwater ont continué leur travail en espérant l’arrivée de jours meilleurs », a-t-il ajouté.

Et aujourd’hui, l’escadre célébrant son centième anniversaire en août, il semblerait que ces jours meilleurs soient effectivement arrivés. Les hélicoptères Sea King poursuivent leur travail dans le cadre de l’opération Reassurance dans la Méditerranée et d’affectations au pays, le 406e Escadron d’entraînement opérationnel de Shearwater s’est complètement tourné vers les CH-148 Cyclone, et le nouvel hélicoptère maritime du Canada a amorcé son premier déploiement opérationnel à l’étranger cet été, à bord du NCSM Ville de Québec.

« La station aérienne est maintenant la base principale des opérations d’hélicoptères maritimes de l’ARC, et de grands travaux de construction s’y sont de nouveau déroulés, cette fois pour accueillir les nouveaux hélicoptères maritimes, les Cyclone », a affirmé M. Orr.

M. Orr a ajouté que l’histoire de Shearwater, qui comprend des opérations de combat pendant les deux guerres mondiales, de grands chefs militaires, des périodes mouvementées et des décennies d’excellence dans le domaine de l’aviation maritime, est un sujet important et intéressant à étudier, particulièrement au moment où la 12e Escadre souligne le centième anniversaire du décollage des premiers hydravions à coque HS2L de la station aéronavale des États-Unis à Halifax, en 1918.

« En temps de guerre ou de paix, arborant une diversité de drapeaux et de bannières, Shearwater a apporté une grande contribution au Canada, à la collectivité locale, ainsi qu’à l’aviation civile et militaire », a conclu M. Orr.

Ryan Melanson travaille pour le Trident, journal de la base des Forces canadiennes Halifax.

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  • Le logo du centenaire de Shearwater. IMAGE : www.shearwater100.com
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  • Une formation de CH-124 Sea King vole au-dessus de l’ancienne BFC Shearwater pendant des célébrations en 1989, l’année marquant les 25 années de service des hélicoptères.
PHOTO : Musée de l’aviation de Shearwater
    Une formation de CH-124 Sea King vole au-dessus de l’ancienne BFC Shearwater pendant des célébrations en 1989, l’année marquant les 25 années de service des hélicoptères. PHOTO : Musée de l’aviation de Shearwater

  • Le NCSM Bonaventure, qui se trouve à côté du NCSM La Hulloise et du NCSM Inch Arran, a été le troisième et dernier porte-avions militaire du Canada. Le navire a transporté des escadrons aéronavals jusqu’à sa mise hors service en 1970.
PHOTO : Musée de l’aviation de Shearwater
    Le NCSM Bonaventure, qui se trouve à côté du NCSM La Hulloise et du NCSM Inch Arran, a été le troisième et dernier porte-avions militaire du Canada. Le navire a transporté des escadrons aéronavals jusqu’à sa mise hors service en 1970. PHOTO : Musée de l’aviation de Shearwater

  • La base aérienne aujourd’hui appelée 12e Escadre Shearwater.
PHOTO : Musée de l’aviation de Shearwater
    La base aérienne aujourd’hui appelée 12e Escadre Shearwater. PHOTO : Musée de l’aviation de Shearwater

  • Une photographie non datée de Sea King survolant des aviateurs participant à une parade. PHOTO : Musée de l’aviation de Shearwater
    Une photographie non datée de Sea King survolant des aviateurs participant à une parade. PHOTO : Musée de l’aviation de Shearwater

  • Bien qu’aujourd’hui Shearwater serve principalement à des opérations d’hélicoptères maritimes, des avions ont décollé de la base aérienne pendant les deux guerres mondiales, et ses pistes ont servi jusqu’en 2002. PHOTO : Musée de l’aviation de Shearwater
    Bien qu’aujourd’hui Shearwater serve principalement à des opérations d’hélicoptères maritimes, des avions ont décollé de la base aérienne pendant les deux guerres mondiales, et ses pistes ont servi jusqu’en 2002. PHOTO : Musée de l’aviation de Shearwater
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  • Eleanor « Lee » Byrd, petite-fille du contre-amiral Richard Byrd, visite le hangar Y, à la 12e Escadre Shearwater, le 1er août 2018, 100 ans après l’ouverture de la base à cet endroit, effectuée par son grand-père. PHOTO : Caporal Jennifer Chiasson
    Eleanor « Lee » Byrd, petite-fille du contre-amiral Richard Byrd, visite le hangar Y, à la 12e Escadre Shearwater, le 1er août 2018, 100 ans après l’ouverture de la base à cet endroit, effectuée par son grand-père. PHOTO : Caporal Jennifer Chiasson
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